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Du Paradoxe de l’archer à l’Harmonie, et un peu plus …


Du Paradoxe de l’archer à l’Harmonie, et un peu plus …

Préliminaire

Les sujets abordés dans ce document figurent souvent sur les sites dédiés à l’archerie ou de clubs de tir à l’arc, ces informations sont parfois reprises depuis d’autres documents ou sites ce qui peut entraîner des pertes de précision. Le présent document se réfère tant que faire se peut à la littérature scientifique afin de rester au plus proche des théories et expérimentations. Les références bibliographiques utilisées permettent au lecteur désireux d’approfondir certains aspects.

Les thèmes abordés sont :

  1. Paradoxe de l’archer

Comportement de la flèche après la décoche.

  1. L’harmonisation ou l’accord entre l’arc et la flèche.

Choix du tube de flèche

Réglage de l’arc

  1. Vibration de la flèche.

 

Première partie : Quel paradoxe ?

I/ - Introduction.

Le premier point important est de cerner le sujet. Le paradoxe de l’archer est bien défini par Bob Kooi [1] :

« the ‘Archer’s Paradox’ that is, how the arrow can follow a straight path to its target despite being released outside the median plane of the bow.”

C’est en particulier le cas de l’arc long anglais (Longbow) la section est circulaire au niveau de la poignée, la flèche pointe donc dans une direction en dehors du plan de l’arc et pourtant elle peut atteindre une cible située dans ce plan, comme si la flèche contournait la poignée lors de la décoche.

Ceci est illustré dans la figure 1 de l’article de Bob Kooi reproduite ci-dessous.

 

 

Figure 1 : Illustration du paradoxe de l’archer. La flèche posée sur l’arc ne pointe pas dans la direction du plan de l’arc.

 

  • Le plan de l’arc est celui qui contient la corde et passe par le milieu des branches (dans leur largeur). Si l’arc est équipé d’un stabilisateur central, celui-ci se trouve dans le plan de l’arc.

 

II/ - Résolution du paradoxe.

 

De façon surprenante, comme cela a été démontré par de nombreuses études, la flèche contourne effectivement la poignée de l’arc.

Ce phénomène est initié par la décoche manuelle comme montré sur la figure 9 ci-dessous issue de cet article de Kim, Jinho and Kim, Ki Chan de l’université de Séoul [2].

Figure 2 : Déformation de la flèche lors de la décoche manuelle.

Lors de la décoche, les doigts relâchent leur effort, et la corde pousse la flèche vers l’avant. Mais, la corde doit contourner les doigts, ce qui imprime un mouvement latéral sur l’encoche, en même temps que l’avant de la flèche prend appui sur la fenêtre d’arc (ou le Berger Button). La flèche subit une déformation ce qui initie une vibration de la flèche tout en sortant de l’arc.

L’animation ci-dessous réalisée à partir des pages 19 à 41 de l’exposé TIPE de Duc Ludivine [3] permet de visualiser ce comportement.

 

Figure 3 : Comportement de la flèche après la décoche.

 

Il est important de noter que la corde vibre avec la flèche.

Une vue de dessus de la trajectoire de la flèche et de sa déformation apporte encore plus de précisions, comme cette illustration de l’article de Bob Kooi [1]

 

              

Figure 4 : Déformation de la flèche,                     Figure 5 : déformation de la flèche

vue de dessus, en suivant la flèche.                       passant devant le repose flèche.

 

A gauche l’illustration d’origine de l’article, à droite une réorganisation pour mieux apprécier le passage de la flèche au niveau de la poignée de l’arc.

Ci-dessous la même séquence animée.

 

Figure 6 : Passage de la flèche devant le repose flèche.

 

Quelques moments clefs sont à considérer (Figure 4 et   Figure 5).

  • En 2                                : Torsion de la flèche au départ sous l’effet de la décoche
  • En 5, 6 et 7                    : La déformation de la flèche permet d’éviter le contact avec la poignée
  • En 9, 10 et 11               : L’arrière de la flèche s’écarte de la poignée.

En résumé, la flèche est mise en vibration par la décoche manuelle, ce qui permet à la flèche d’éviter de percuter la poignée de l’arc tout en suivant une trajectoire dans le plan de l’arc.

Mais, voyons la réalité du vol de la flèche. Le départ et le vol de la flèche sont bien visibles sur cette vidéo très parlante [4].

 

Il est important de noter qu’après l’appui sur le bouton de Berger la flèche n’a plus de contact avec la poignée d’arc : ni le piston, ni le repose flèche. Il ne reste que la poussée de la corde sur l’encoche, ainsi, le réglage de l’arc permet de limiter les impacts de son mouvement sur le vol de la flèche.

Plusieurs points sont à retenir :

  • La vibration de la flèche se situe dans un plan horizontal[1].
  • Le plan de vibration reste horizontal bien que la flèche tourne sur elle-même.
  • Au cours de la vibration, deux points restent fixes, ce sont les nœuds de la vibration.

Il faut aussi noter que les arcs modernes ont une fenêtre d’arc, il n’y a donc plus de poignée à « contourner », mais, le phénomène existe toujours puisqu’il est lié à la décoche manuelle. Ceci peut se constater sur un arc après réglages : car la flèche posée sur l’arc n’est pas alignée avec le plan de l’arc. La flèche n’est pas non plus parallèle au stabilisateur central pour les arcs qui en sont équipés.

Il est important de noter que ceci ne fonctionne correctement que si la vitesse de déformation de la flèche (sa fréquence de vibration) est adaptée au temps qu’elle met à sortir de l’arc.

  • La vitesse de déformation de la flèche est sa fréquence de vibration et dépend de la raideur de la flèche, de sa longueur, de son poids, du poids de la pointe, des plumes et des accessoires (encoche, support d‘encoche etc. …).
    • Les tests avec des flèches non empennées doivent donc se faire en plaçant un poids équivalent à celui des plumes pour conserver la même dynamique.
    • Si l’arrière de la flèche s’écarte bien, il est possible de procéder aux tests de flèches non empennées en rabattant simplement les plumes avec du scotch.
  • Le temps de sortie de l’arc dépend de la puissance de l’arc et de la longueur de la flèche, autrement dit l’allonge de l’archer.
  • Des traces éventuelles laissées par les plumes sur la poignée d‘arc sont une indication d’un défaut d’adaptation de la flèche à l’arc ou d’un défaut de réglage.

Cette adaptation est à l’origine des tableaux de choix de flèche édités par les fabricants, un exemple est présenté dans la partie suivante.

Mais, avant ceci, l’archer pourra se familiariser avec la vibration de la flèche.

En premier lieu, on peut la ressentir, voire même l’écouter.

Pour ce faire, on tient la flèche entre le pouce et l’index à environ 4 à 6 cm de la pointe. Puis, on applique une pichenette au milieu de la flèche. La vibration se perçoit dans les doigts tenant la flèche.

Cette vibration produit un son audible en approchant la flèche de l’oreille, le son perçu est de fréquence assez basse comprise entre 50 Hz et 80 Hz suivant les caractéristiques de la flèche.

 

Figure 7 : mise en vibration de la flèche.

 

 

Il est possible d’être plus précis en utilisant une application de smartphone telle que « Spectroïd ».

 

Figure 8 : Icone de l’application Androïd

Un exemple d’enregistrement avec l’appli Spectroïd (avec Androïd) : un tube de flèche sans pointe Carbon Impact 620, long de 73 cm.

L’échelle horizontale a été réduite à 400 Hz pour une meilleure visibilité de la mesure.

La fréquence mesurée ici est de 98 Hz.

 

Figure 9 : Exemple de mesure de la fréquence de vibration de la flèche – ici 98 Hz (pour un tube sans pointe).

 

 

En résumé.

  • Une flèche tirée par un arc à décoche manuelle atteint une cible qui n’est pas dans le prolongement de la flèche lorsque celle-ci est placée sur l’arc.
    • « the ‘Archer’s Paradox’ that is, how the arrow can follow a straight path to its target despite being released outside the median plane of the bow.”
  • Lors de la décoche, la flèche subit une poussée qui la met en vibration, ce qui lui permet de « contourner » la poignée de l’arc.
  • Cette vibration peut être mise en évidence en « écoutant » la flèche, et peut se mesurer simplement.
  • La fréquence de la vibration doit être adaptée aux caractéristiques de l’arc.
  • L’encoche ou les plumes d’une flèche qui ne serait pas adaptée à l’arc risque de frapper la poignée d’arc en le quittant, ce qui laisse des traces sur la poignée d’arc (trainées de couleurs liées à la friction des plumes) voire même endommage le repose flèche.
 

 

Deuxième partie : vers l’harmonie

La première partie a montré que la fréquence de vibration de la flèche doit être adaptée aux caractéristiques de l’arc et de l’archer, cette deuxième partie indique comment atteindre l’harmonisation entre la flèche et l’arc.

I/ - Tableau de sélection de flèche

Les fabricants de flèches fournissent un tableau permettant de sélectionner la flèche adaptée à l’arc et à l’archer.

Cette section se base sur le tableau de la société Easton qui est probablement le plus complet. Il y a eu plusieurs versions de ce tableau, la suite s’appuie sur l’édition de 2009 qui a l’avantage d’une bonne lisibilité.

En premier lieu, il faut définir la longueur de flèche à considérer, ceci est fait avec un schéma explicatif :

 

Figure 10 : Définition de la longueur correcte de la flèche

La longueur correcte du tube de la flèche se mesure entre le fond de l’encoche et un point situé 1 pouce (2.54 cm) en avant du point de contact le plus avancé de la flèche avec l’arc. Ce point de contact correspond normalement à la position du bouton de Berger.

Le tableau est à double entrée : puissance de l’arc à pleine allonge et longueur correcte de la flèche.

 

Figure 11 : Tableau de sélection des flèches (extrait du tableau Easton).

Cet extrait est restreint aux arcs classiques à décoche manuelle.

Le tableau permet de déterminer un groupe connaissant la longueur correcte de la flèche et la puissance à l’allonge.

Par exemple pour :

  • Longueur correcte nominale de 28’’ (28 pouces = 71.12 cm)
    • Comprise entre 27.5 ‘’ (69.9 cm) et 28.5’’ (72.4 cm)
  • Puissance de 26 livres
    • Comprise entre 24 et 29 livres.

Il faut choisir une flèche dans le groupe T3.

 

Figure 12 : Liste des flèches adaptées dans le groupe T3.

  • La colonne du milieu indique le modèle de flèche
  • La colonne « Spine » indique la raideur de la flèche
  • La colonne « Size » indique la taille à choisir pour chaque modèle
    • En cas de deux valeurs présentes, l’indice R est la valeur recommandée.
  • L’avant dernière colonne à droite donne le poids linéique en grains par pouce.
  • La colonne de droite indique le poids pour une longueur de 29’’ (73.66 cm).

Par exemple, pour une flèche A/C/C (Aluminium Carbon Composite) on peut choisir le modèle 3X-04 ou 3L-04. Pour la flèche A/C/C 3L-04, les paramètres sont :

  • Raideur = 0.750
  • 7.0 grains par pouce
  • 203 grains pour une longueur de 29’’.

Tout ceci mérite quelques explications.

Raideur de la flèche : c’est la valeur, en pouces, de la déformation d’un tube de flèche lorsqu’il repose sur deux appuis distants de 28’’ (71.12 cm) avec une traction de 0.880 grammes en son centre. Ceci est matérialisé par la figure ci-dessous extraite de l’article de  Kim, Jinho and Kim, Ki Chan de l’université de Séoul [2].

 

Figure 13 : Définition du spine.

Pour un tube ACC 3L-04 (groupe T3), la déformation vaut 0.750 ‘’ soit 1.905 cm.

 

Unités :

Il est d’usage dans le monde de l’archerie d’utiliser des unités de mesure anglo-saxonnes (système avoirdupois).

  • Poids :
    • 1 livre (notée lb) = 0.454 kg
    • 1 grain (noté gr) = 0.065 grammes

L’utilisation de ce tableau nécessite plusieurs remarques.

  • Matériau de corde : ce tableau est valable pour les cordes de matériaux assez récents comme le fast flight et plus récents. Pour le Dacron, il faut considérer la tranche de puissance inférieure.
  • Tolérance, pour une catégorie de flèche donnée, la gamme de longueur couverte est de 1’’ (25.4 cm) et de 5 lbs pour la puissance.
    • En cas de limite sur ces paramètres, il est possible de se « recentrer » sur une case par le choix de la pointe, les fournisseurs proposent en général plusieurs modèles de pointe.
      •  Un écart de 10 grains équivaut à un écart de puissance d’environ 1.5 lbs
  • Rendement et nervosité de l’arc.
    • Pour une allonge donnée, un arc de taille plus faible est plus nerveux et peut nécessiter une flèche plus raide.
    • La qualité de la décoche peut aussi influer puisque la mise en vibration résulte de la décoche.
  • Le spine recommandé dépend du modèle de flèche.
    • Pour le groupe T3, il va de 0.874 pour un tube en aluminium (alliage 75) à 0.750 pour un tube A/C/E.
    • On peut remarquer que le spine recommandé est plus important pour un tube plus lourd. Le choix du spine pour une configuration donnée varie donc selon le fabricant.
    • La valeur de spine pour un fabricant donné peut ne pas être adaptée avec une flèche d’un autre fabricant, surtout si la technologie diffère.

 

Il existe des méthodes pour vérifier que la flèche soit bien adaptée. Par ailleurs, on a vu que la décoche et l’appui sur le bouton Berger sont responsables de la mise en vibration de la flèche. Il faudra donc adapter le bouton Berger pour obtenir une trajectoire de flèche dans le plan de l’arc.

Mais, avant ces explications, il vous est proposé un peu de détente toxophile avec cette vidéo réalisée par Lars Andersen [5].

 

Figure 14 : Vidéo par Lars Andersen.

Au-delà du spectacle, on ne s’étendra pas sur les débats relatifs aux aspects historiques.

Mais, revenons à l’arc et la flèche.

Nous savons maintenant que le paradoxe de l’archer est dû à la décoche manuelle, et que le tube de flèche doit être choisi en fonction de la puissance de l’arc et de l’allonge de l’archer. Il reste à harmoniser le réglage de l’arc à la flèche. Ceci se fait en deux temps :

  1. Vérification de l’adaptation de la flèche à l’arc
  2. Finalisation des réglages

Mais, avant de détailler ces opérations, nous allons en découvrir un peu plus sur le bouton de Berger. Cet accessoire a plusieurs fois été cité plus haut, il est maintenant temps de faire plus ample connaissance avec cet accessoire.

II/ - L’Harmonie ou l’adaptation de l’arc à la flèche

Les tableaux du fabricant de flèche a permis de sélectionner un tube en principe adapté à l’arc et à l’archer. Il s’agit maintenant d’affiner les réglages, le plus important est au niveau du Bouton de Berger.

II-1/ - Présentation du bouton de Berger.

Quelques précisions.

Le véritable nom est « cushion plunger » qui peut se traduire par piston à ressort. L’invention originale revient à Norm Pint dans les années 1960 sous le nom de Panic Button. Vic Berger [6] améliora le système désormais couramment appelé Berger button. Il permet de régler la position latérale du repose flèche et aussi d’amortir l’action de la flèche sur l’arc lors de la décoche. L’amortissement permet de réduire l’effet de petites erreurs de décoche et réduit le paradoxe de l’archer ce qui permet de mieux le contrôler. Ce dispositif ne semble pas avoir été breveté.

Certains arcs traditionnels sont dépourvus de bouton de Berger. L’effet d’amortissement des vibrations de la flèche est obtenu par le tapis d’arc composé d’un morceau de cuir, pelage côté flèche.

Les arcs de débutants utilisent souvent un support de flèche de type « Hoyt », celui-ci est muni d’une petite languette qui joue le rôle de bouton de Berger.

Ci-dessous une vue du bouton Berger extraite d’un document de l’UFOLEP (page 6) [7]

 

Figure 15 : Bouton de berger vue en coupe.

Le bouton Berger dispose de deux réglages :

  • Position latérale du repose flèche par rapport au plan de l’arc.
    • Débloquer l’écrou de blocage (vis pointeau) puis le desserrer et le dévisser pour l’écarter du corps de l’arc.
    • Visser ou dévisser selon le besoin le corps du bouton de Berger.
    • Repositionner l’écrou de serrage et le bloquer en fin de réglage.
  • Pression du piston.
    • Débloquer l’écrou de réglage de pression (vis pointeau).
    • Visser ou dévisser selon le besoin la vis de réglage de pression
    • Bloquer l’écrou de réglage de pression (vis pointeau).
    • Certains sont livrés avec trois ressorts de raideur différente, le choix initial peut se faire de la façon suivante :
      • Puissance inférieure à 32 lbs : ressort souple
      • De 32 à 48 lbs : ressort moyen
      • Au dessus de 48lbs : ressort raide
  • Ces deux réglages ont des effets différents sur le vol de la flèche.

II-2 / Finalisation des réglages : l’harmonie

Le tube de flèche ayant été choisi d‘après le tableau du fabriquant, il faut vérifier que la flèche soit bien adaptée à l’arc le but est de s’assurer que la raideur du tube est dans la bonne gamme. Il arrive d’avoir des surprises.

II-2-1 / Vérification de l’adaptation.

Pour ce test, on se ramène au cas de l’arc sans réglage, voir la Figure 16

 

  • L’arc est réglé au centre, c’est-à-dire que le viseur est placé dans le plan de l’arc.
  • Le piston du bouton de Berger est bloqué (allumette en place du ressort ou pression réglée au maximum)
  • La position latérale du repose flèche est réglée pour que la pointe (vue depuis l‘arrière de l’arc) soit tangente au plan de l’arc (Figure 16)
  • La visée se fera selon le plan de l’arc en alignant la cible, le viseur et la corde.
    • Ainsi, la cible visée se trouve dans le plan de l’arc.

Le tir s’effectue à 18m. La position de l’impact par rapport au plan de l’arc renseigne sur l’adaptation de la flèche à l’arc.

Pour un droitier :

  • Impact sur la cible : la flèche correspond.
    • C’est la situation typique du paradoxe de l’archer où la flèche atteint un point dans le plan de l’arc.
  • Impact à moins de 20 cm à gauche de la cible. La flèche est dans la gamme d’action du bouton de Berger.
  • Impact à plus de 20 cm à gauche de la cible : tube trop raide.
  • Impact à droite de la cible : le tube est trop souple.

Etape facultative :

  • Si la flèche est adaptée, on peut débloquer le bouton de Berger, replacer le viseur dans sa position d’origine et ajuster la pression pour corriger le latéral de l’impact en cible.
  • A ce stade, le bouton de Berger est presque réglé.

Figure 16 : Positions du viseur dans le plan de l’arc et pointe de la flèche tangente à la corde vue de l’arrière.

 

 

 

II-2-2 / Finalisation du réglage du bouton de Berger.

Le principe consiste à analyser la trajectoire de la flèche pour déterminer les deux réglages possibles : position latérale et pression. Il se trouve que ces deux éléments ont des actions différentes sur le vol de la flèche.

  • L’action sur la pression se traduit par une trajectoire rectiligne s’écartant progressivement du plan de l’arc.
    • Le bon réglage est atteint lorsque la trajectoire ne s’écarte pas.
  • L’action sur la position latérale se traduit par une trajectoire en arc de cercle plus ou moins incurvé.
    • Le bon réglage est atteint lorsque la trajectoire est rectiligne.

Cette analyse se fait en tirant à plusieurs distances de la cible, généralement de 5 m en 5m. le viseur est en position normale. Pour la régularité du test, il est important que la position de l’archer soit la même à plusieurs distances. Ceci s’obtient en visant un visuel placé à hauteur des yeux. Le lieu des impacts est une indication de la trajectoire de la flèche jusqu’à la cible.

Pour un arc peu puissant de débutant, on commencera à 5m, viseur réglé pour cette distance. Pour un arc plus puissant, un début à 10 m est acceptable.

L’analyse de l’évolution des points d’impact en cible en fonction de la distance permet d’orienter le réglage du bouton de Berger.

Les 4 motifs clefs sont listés dans la figure ci-dessous avec l’action associée sur le bouton de Berger.

Figure 17 : Action sur le bouton de Berger en fonction du motif des impacts.

Il arrive fréquemment que deux motifs se superposent, on corrige pour celui qui est le plus apparent. Ce processus est à réitérer jusqu’à obtenir un alignement vertical, naturellement dans la mesure de la régularité de l’archer. Il n’est pas nécessaire que le motif final passe par le visuel. Il suffira de régler ensuite le viseur en conséquence.

Nota : On s’aperçoit au cours de ces essais que la précision de tir est meilleure que ce que l’archer obtiens normalement sur une cible. Le motif reste régulier malgré l’augmentation de la distance. Ceci est dû au fait qu’il y a un temps de repos entre les distances. … Voilà qui est à méditer lorsque l’archer est en compétition.

Une flèche trop raide amène à une pression du ressort très faible.

  • La simple pression du clicker sur la flèche fait enfoncer le piston. Ceci est à éviter car l’avant de la flèche reçoit une poussée latérale lorsque la pointe passe le clicker. IL est possible de limiter ce phénomène en utilisant un ressort plus fort que celui correspondant à la puissance de l’arc.

Une flèche trop souple amène à une pression du ressort très forte.

  • Ceci est proche de la situation avec le ressort remplacé par une allumette, ce qui explique qu’une flèche trop souple arrive à droite de la cible.

Il est aussi intéressant de constater que le réglage latéral amène la flèche à suivre une trajectoire courbe entre l’archer et la cible. Il est donc possible de contourner un obstacle. Ceci est démontré par Lars Andersen dont nous avons déjà fait la connaissance [8].

 

Figure 18 : Démonstration du tir contournant un obstacle.

A partir de 42 secondes, on voit le système de repose flèche décalé.

 

Figure 19 : Repose flèche pour un tir en courbe, extrait de la vidéo de la Figure 17.

Attention : Il est fortement déconseillé de reproduire l’expérimentation avec des figurants.

Résumé :

  • Les fabricants de flèches éditent des guides permettant de choisir la raideur de la flèche (le spine) en fonction des caractéristiques de l’arc (puissance, allonge).
  • Un test simple permet de vérifier le choix du tube de flèche.
  • Le réglage fin du « bouton de Berger » (cushion plunger) permet d’obtenir un vol de la flèche en ligne droite dans le plan de l’arc.

Ces deux premières parties ont montré que le paradoxe de l’archer conduit à identifier la flèche adaptée à l’arc, puis à régler l’arc pour un comportement harmonieux de la flèche.

Ayant entrevu ces différents mystères, il est temps d’examiner plus en détails la vibration de la flèche.

 

 

Troisième partie : la vie de la flèche après la décoche

I/ - Vibration de la flèche

Le comportement de la flèche après la décoche a fait l’objet de plusieurs études qui mettent bien en évidence la mise en vibration.

Effectuons d’abord un retour sur l’évolution de la flexion de la flèche après la décoche. Des résultats théoriques confrontés à la pratique sont donnés dans l’article de Bob Kooi et J.A. Sparenberg : On the mechanics of the arrow : Archer’s Paradox [9]

 

Figure 20 : Evolution de la  déformation de la flèche après la décoche, vue de dessus.

Cette figure confirme que la corde accompagne la vibration de la flèche.

  • Les axes sont gradués en mètres, mais l’axe des ordonnées est très fortement dilaté, l’échelle allant jusqu’à 1.5 cm contre 64.5 cm pour l’axe des abscisses : l’encoche s’écarte de 1.5 cm du plan de l’arc lors de la décoche.
  • H est la position de la corde en fin de poussée
  • O est la position du bouton de Berger.
  • G est le dos de la fenêtre d’arc.
  • La forme de la flèche est donnée toutes les 2 millisecondes
    • En trait plein la mesure et la théorie en pointillé.
    • Seule la partie de la flèche encore en arrière de la poignée est représentée.
  • Le trajet de l’encoche est donné par les extrémités gauche des courbes.
    • De 0 à 8 ms l’encoche s’écarte du plan de l’arc,
    • A 16 ms, l’encoche est de l’autre côté du plan de l’arc et
    • L’encoche évite le bouton de Berger à partir de 18 ms.
    • Après 6 à 8 ms, selon la figure, la flèche passe au-dessus du plan de l’arc et n’a donc plus de contact avec la poignée d’arc.
  • Un peu avant 8 ms, la flèche n’a plus de contact avec le bouton de Berger.

Cette figure est à compléter par la figure 9 du même article qui représente la pression sur le bouton de Berger après la décoche en fonction du temps.

 

Figure 21 : Pression sur le bouton de Berger en fonction du temps.

  • L’axe des ordonnées est gradué en Newton (1 kg = 9.81 Newtons).
  • L’axe des abscisses est gradué en secondes de 0 à 20 ms, soit la même durée que pour la figure précédente.
  • La pression s’exerce sur le bouton de Berger à partir de 2.5 ms et se termine à 7 ms.
    • tr = instant de la décoche
    • tf = fin de l’appui sur le berger
    • t= l’encochequitte la corde
    • t= La flèche quitte l’arc

Après la décoche, la flèche est donc en interaction avec la poignée d’arc durant 5.5 millisecondes. Après ce moment, la flèche n’est plus que poussée par la corde sans autre interaction avec l’arc. Et l’avant de la flèche a parcouru environ 10 cm.

Nota : ceci confirme qu’il est envisageable de simplement rabattre les plumes d’une flèche pour les tests dits « flèches non empennées ». Les plumes rabattues n’ont pas d’action stabilisatrice et ne risquent pas d’interagir avec la poignée d’arc. Sauf, bien sûr dans le cas d’une flèche particulièrement mal adaptée.

Ces deux courbes représentent ce qui se passe avec une flèche adaptée (X7 1714). Les auteurs ont aussi fait des essais avec des flèches non adaptées, l’une trop raide (X7 2114) et une trop souple (X7 1514), les trajectoires des encoches sont données dans la figure ci-dessous.

 

Figure 22 : Trajectoire de l'encoche de flèches non-adaptées.

  • La flèche adaptée est la X7 1714, soit le groupe T2.
  • La flèche trop raide (X7 2114 – groupe T7) s’éloigne du plan de l’arc.
  • L’encoche de la flèche trop souple (X7 1514 – groupe Y5 qui correspond aux de débutants) passe trop loin en dessous du plan de l’arc de près de 1 cm et percute donc la poignée d’arc.
  • Il y a un écart important de rigidité entre les flèches, ce qui montre qu’un faible écart de rigidité entraine peu de risque de contact entre la flèche et le point d’appui.

Le même article nous renseigne aussi sur la poussée de la corde sur la flèche, et la différence avec la courbe de puissance lors de l’armement de l’arc.

 

Figure 23 : Appui de la corde après la décoche.

  • En trait plein (F), la courbe de puissance en fonction de l’allonge lors de l’armement.
  • En trait pointillé (E), la force exercée par la corde sur l’encoche après la décoche.

La différence entre les deux courbes illustre le rendement limité de l’arc.

  • L’énergie accumulée est représentée par la surface entre la courbe de puissance (trait plein) et l’axe horizontal.
  • L’énergie restituée est donnée par la surface entre la courbe de force (trait pointillé) et l’axe horizontal.

Remarque. Cet article date de 1997, on peut raisonnablement s’attendre à une meilleure accumulation d’énergie lors de l’armement ainsi qu’une meilleure restitution avec les matériaux modernes.

II/ - Modes de vibrations de la flèche.

Une flèche est avant tout un tube plein ou creux muni d’une pointe. Plusieurs types de vibration sont possibles pour une telle structure : dans la masse ou bien le long du tube.

Les vibrations dans la masse.

Elles existent, mais sont de faible importance pour le tir.

Les différentes configurations sont résumées dans cette figure issue de l’article Modelling the vibrational behaviour of composite archery arrows [10]

 

Figure 24 : Vibration dans la masse le long de la flèche.

Vibrations le long du tube.

C’est le plus important car lié aux flexions du tube. Plusieurs modes sont possibles comme illustré par l’article « APPROXIMATE METHOD FOR THE DETERMINATION OF NATURAL FREQUENCIES OF A MULTI-DEGREE OF FREEDOM BEAM SYSTEM” [11] :

 

Figure 25 : Différents modes de vibration de la flèche.

Chacun de ces modes a sa propre fréquence de vibration, ici, le tube de flèche repose sur un support à chaque extrémité.

Il en va de même pour un tube libre à ses deux extrémités comme illustré en [10] :

 

Figure 26 : Deux modes de vibration du tube de flèche nu (premier ou fondamental et second).

Sur ces figures, la ligne droite horizontale représente l’état du tube au repos. Les points du tube en cours de vibration qui restent sur cette ligne n’ont pas de mouvement lors de la vibration sont les nœuds.

Ici, deux modes sont représentés :

  • Le mode fondamental, celui qui a un nombre minimum d’ondulation le long du tube, fréquence de 82Hz.
  • Le premier mode avec deux ondulations dont la fréquence est de 227 Hz.

En théorie, la fréquence du second mode devrait être de 3 fois la fréquence du mode fondamental, mais l’auteur explique que cet écart est dû à un artefact du dispositif de mesure.

Pour un tube de flèche sans pointe, les nœuds de vibration du mode fondamental se situent à 22.4 % des extrémités du tube (0.224 x L avec L = longueur du tube).

Ces différents modes sont présents simultanément ce qui explique que la forme du tube en vibration ne soit pas parfaitement  régulière. Cependant, il a été démontré [2] que le deuxième et le troisième mode ne représentent respectivement que 10% et 1% de l’énergie du premier mode. De plus, pour un niveau d’énergie donnée, l’amplitude de la déformation diminue lorsque la fréquence augmente. Ainsi, seul le mode fondamental représente une déformation significative.

Ce qui suit ne considère que le premier mode, aussi appelé mode fondamental.

Une présentation de ce mode de vibration pour une flèche équipée de sa pointe a été donnée dans un article publié en 2012 : Modelling the three-dimensional vibration of composite archery arrows under free--free boundary conditions[2] [12] :

 

Figure 27 : éformation de la flèche en vibration. Attention : l’échelle verticale est très dilatée comparée à la longueur de la flèche.

Ce graphique montre qu’il y a deux nœuds de vibration. On retrouve l’évolution de la flèche après la décoche vue dans la vidéo de la première partie  [4].Il s’agit de points de la flèche qui sont immobiles au cours de la vibration. Ces deux points définissent la trajectoire de la flèche. Leurs positions ne sont pas symétriques par rapport au milieu de la flèche comme c’est parfois représenté dans certaines publications.

  • Nœud arrière, à environ ¼ de la longueur de la flèche
  • Nœud avant, à environ 5 à 6 cm de la pointe de la flèche.

La position plus avancée du nœud avant s’explique par la masse de la pointe. Celle-ci représente 30% à 40% de la masse du tube seul.

L’expérimentation proposée en fin de première partie permet de localiser les nœuds de vibration. C’est en ces points que la tenue de la flèche entre les deux doigts perturbe le moins la vibration et donc que la vibration dure le plus longtemps. En écartant les doigts du nœud, on sent que la vibration s’amortit très vite. Il suffit donc de rechercher l’endroit pour lequel la vibration dure le plus longtemps. Ceci est facilité par l’utilisation de l’application Spectroïd mentionnée en fin de première partie.

 

 

Références

[1]

B. Kooi, «The Archer’s Paradox and Modelling, a Review».

[2]

J. a. K. K. C. Kim, «The Mechanics of Arrow Flight upon Release».

[3]

L. Duc, «Adéquation des caractéristiques d’une flèche à un arc (TIPE 2023-24),» http://arcacademie.nursit.com/spip.php?article602, 2024.

[4]

https://youtu.be/CO102jz8sFM. [Film].

[5]

L. Andersen, Réalisateur, A new level of archery https://www.youtube.com/watch?v=BEG-ly9tQGk. [Film].

[6]

«http://www.archeryhalloffame.com/Victor%20Berger.html,» [En ligne].

[7]

UFOLEP, «https://www.ufolep.org/modules/kameleon/upload/PP%202008%20Les%20différents%20types%20d%20arc.pdf,» [En ligne].

[8]

L. Andersen, «https://www.youtube.com/watch?v=qc_z4a00cCQ,» [En ligne].

[9]

B. K. e. J. Sparenberg, «On the Mechanics of the Arrow:,» [En ligne]. Available: https://www.bio.vu.nl/thb/users/kooi/kosp97.pdf.

[10]

J. C. (. a. B. C. (. S. o. M. E. U. o. A. S. A. Marianne Rieckmann (1), «Modelling the vibrational behaviour of composite archery arrows,» Proceedings of ACOUSTICS 2011.

[11]

S. Sule, «APPROXIMATE METHOD FOR THE DETERMINATION OF NATURAL FREQUENCIES OF MULTI-DEGREE OF FREEDOM BEAM SYSTEM,» Nigerian Journal of Technology, vol. 30, n° %12, 2011.

[12]

P. C. Rieckmann, «Modelling the three-dimensional vibration of composite archery arrows archery arrows under free--free boundary conditions.,» Proceedings of the Institution of Mechanical Engineers Part P Journal of Sports Engineering and Technology ·, 2012.

[13]

Vidéo promotion JO 2024 Paris. [Film].

[14]

Wikipédia, «https://en.wikipedia.org/wiki/Euler–Bernoulli_beam_theory,» [En ligne].

 

 

 

 

[1] La trajectoire de la flèche est une parabole se situant dans le plan de l’arc. Les nœuds de vibration restent dans ce plan. Le plan de vibration de la flèche est perpendiculaire au plan de l’arc et contient les deux nœuds. De ce fait, le plan de vibration ne reste pas strictement horizontal durant le vol.

[2] « free—free » n’est pas une répétition, mais exprime simplement le fait que le tube considéré est libre de ses mouvements à ses deux extrémités (encoche et pointe), ce qui est le cas lors du vol de la flèche.

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